anoma.archi

l'anomal — ce qui ne rentre pas dans les cases

L'humain readymade

Cet essai part d’une expérience de travail prolongée avec les grands modèles de langage — non leur usage, mais leur construction et l’instrumentation de leurs défaillances — et décrit un retournement inattendu : la représentation, tenue depuis toujours pour l’instance devant laquelle le réel est en défaut, devient porteuse d’une permission de limite. Deux propriétés de ces systèmes la rendent possible. Leur intelligence est un archipel : parfaite par plaques, nulle juste à côté, sans conscience du contraste. Et leur population est ordonnée en une hiérarchie publique et mesurée — petits, moyens, grands modèles — qui rejoue la hiérarchie des capacités cognitives humaines, sujet jusqu’ici impossible à regarder sans blesser, et montre qu’en descendant l’échelle, l’intelligence ne s’anéantit pas. L’image mécaniste de la pensée qui en résulte rend la finitude cognitive dicible comme donnée neutre plutôt que comme disgrâce. L’essai nomme ce déplacement l’humain readymade — une rédemption sans amélioration, au sens de Duchamp — et en cherche la figure dans la scène finale d’A.I. (Kubrick/Spielberg, 2001) et la quasi-conclusion de L’Écriture du désastre de Blanchot : une douceur sans préalable conscient, qui émerge entre deux pauvretés quand aucune n’a plus à se justifier devant l’autre.

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